samedi 30 avril 2011

Rois et Reines

Il y a un an, je quittais la France, heureuse de fuir une atmosphère devenue irrespirable, triste de réaliser que le grand changement espéré 3 ans plus tôt n'avait pas eu lieu. Le désormais acquis "déclin de la France" était devenu une réalité, les désirs d'avenir piétinés. On avait beau travailler plus, on était plus malheureux et surtout pas plus riches. On ne s'aimait plus.
Dans un an, la France élira un(e) nouveau(elle) chef d'état. J'ai donc décidé de suivre et tracer l'évolution de la situation à travers ce blog, depuis mon pays de bisounours. Un an pour discuter, pour échanger, pour rêver, pour s'engueuler, mais surtout, pour s'aimer à nouveau, et pourquoi pas, exulter tous ensemble dans une géniale partouze d'idées.

Ce blog n'a strictement aucune prétention, mais deux objectifs:
1. Analyser l'évolution socio-politique de la France de manière rationnelle, et non émotionnelle. Si vous détestez Ségo "parce qu'elle parle comme une chèvre", si vous adulez Sarko "parce qu'il fait ce qu'il faut faire", si vous pensez que JLB est un alcolique dégueu et Hollande est plus sexy après son régime, passez votre chemin.
2. Etre une harmonieuse plateforme d'idées créatives, idéalistes, utopistes, mais surtout pas un fourre tout de poncifs éculés au son du "oui mais c'est pas réaliste, et puis c'est comme ça". Sans convictions décalées pas de changement, et pas de changement, c'est la fin de l'Histoire.

Dans la mesure du possible, je me nourris des dernières nouvelles de France, via les émissions politiques de iTV, BFM, Mots croisés, C Politique, Dimanche +, j'achète des journaux à l'Alliance Française tels que le Nouvel Obs ou Le Monde. Et bien entendu, je me nourris de mes expériences, de mes lectures, et de mes conversations avec mes compatriotes restés sur place.

"La plume ou le pistolet", je l'ai volé à mon auteur préféré, Milan Kundera, dans La vie est ailleurs:
Il a troqué sa plume qui est la clef de l'âme du poète, pour le pistolet qui est la clef des portes du monde.
Dans un an, je choisirai donc, entre la plume et le pistolet. J'espère que ce sera la plume. Mais si la situation l'impose, ce sera le pistolet.

Mon modèle politique suprême serait un anarchisme éclairé (et je précise qu'anarchisme n'est pas synonyme de désordre). L'anarchisme est l'absence de pouvoir. Éclairé, car seules les lumières de la connaissance permettront aux Êtres Humains de s'affranchir des pulsions animales de domination.
L'état de liberté ne peut s'atteindre sans lumières, de même que les lumières ne peuvent briller sans des esprits constamment libres. D'où le principe indissociable d'anarchie éclairée. D'autres l'appelleront par d'autres termes: humanisme, régime libertaire, individualisme responsable... Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse. Je vous invite donc à vous saouler de mots doux, d'idées folles, de provocations et autres volutes. Esprits râleurs et rageurs, s'abstenir!

Que le roi s'attache donc au royaume légué par ses ancêtres. Qu'il l'embellisse de son mieux et le rende le plus florissant possible. Qu'il aime son peuple et s'en fasse aimer. Qu'il vive au milieu des siens. Qu'il les gouverne avec douceur et laisse en paix les pays étrangers, étant donné que son royaume à présent est trop étendu pour lui.
L'utopie - Thomas More

mardi 1 janvier 2008

Citations - « Mémoires interrompus » - F. Mitterrand

« Mémoires interrompus »
François Mitterrand

P.13
« Un ordre plus juste finit pourtant par s’imposer. Des audacieux se détachèrent de la masse, s’élevèrent contre la loi du plus fort et, soutenus par le consentement général, mirent sur pied un ébauche d’organisation. La violence disparut. Ceux qui l’avaient pratiquée, devenus de pauvres types, méprisés, isolés dans leur coin, quémandaient humblement leur part. A la loi du couteau s’était curieusement substituée une loi nouvelle, fondée sur l’exactitude du partage. Je me suis souvent interrogé sur cette singulière alchimie sociale qui, au stalag, nous a fait passer en moins de trois mois de la jungle à la civilisation. »

P.34
« La force naît de l’opposition. Non pas la demi-mesure, la fausse sagesse du juste milieu, mais l’âpre violence, la conquête brutale, la soumission exigée. »

P.76
« … l’alibi « national » - ce mot à tout faire - qui, à l’expérience, a presque toujours servi les ennemis de la patrie. »

P.224, évoquant « Le coup d’état permanent »
« Il faudrait, par exemple, un chapitre sur le pouvoir des juges, sur le nouveau pouvoir judiciaire… Il faudrait aussi parler de ce pouvoir nouveau, de ce pouvoir en soi qu’est devenu l’audiovisuel – et qui n’est pas seulement le pouvoir de l’argent. La dérive anti-démocratique pourrait venir de là. Supposez un président qui aurait le pouvoir politique que lui confèrent les institutions et, en plus, la faveur des médias de masse. Je n’en ai jamais bénéficié. Mais – je peux l’imaginer – cela risquerait de donner à ce président des pouvoirs réels excessifs, sans garanties pour la démocratie. »

P.244
« Les crises qu’a traversées le parti socialiste, indépendamment des ambitions concurrentes, depuis l’échec aux législatives de 1978, ont toutes leur origine dans ce même débat : alliance à gauche ou alliance au centre. J’ai pris ma part et je continue : je considère que toute faiblesse du parti socialiste à l’égard du centre le conduit à sa perte et que cette tentation chaque fois renaissante le fragilise dès qu’elle paraît l’emporter. Le parti socialiste ne doit jamais oublier que son combat, loin de se situer sur le champ politique, est d’abord et avant tout un combat contre les forces sociales, qui elles, déterminent les conditions du combat politique. »

P.246
« Il n’y a pas d’autre stratégie pour les socialistes, que dans cet ancrage à gauche et dans l’Union de la gauche. Ne pas l’admettre, c’est non seulement perdre sa force et son identité, c’est aussi courir irrémédiablement à l’échec.
            Je crois pour demain comme hier à la victoire de la gauche à condition qu’elle reste elle-même. Qu’elle n’oublie pas que sa famille, c’est toute la gauche. Hors du grand rassemblement des forces populaires, il n’y a pas de salut. Il n’y a jamais eu, il n’y aura jamais de dynamique de victoire.
            Depuis 1965, par un simple effet mécanique, le candidat socialiste peut atteindre, dans ses basses eux 20 à 23 %, son bon niveau se situant à 25 %. C’est la son socle, le socle quasiment incompressible qui est le sien depuis que je l’ai mené là. Ainsi, le candidat de la gauche, au second tour d’une élection présidentielle, doit tout aussi mécaniquement atteindre les 46 à 48 % de votants. Et même plus s’il se passe quelque chose, si par sa campagne et sa dimension personnelle le candidat de la gauche réussit à entraîner l’adhésion des hésitants.
            Bien sûr, je reste lucide. Je suis conscient des rapports de forces – et j’ai dit jadis que la droite était politiquement majoritaire dans ce pays… Il y a en effet des moments, des circonstances où il faut élargir son assise en passant de nécessaires accords d’états-majors. Mais tout cela ne se fait qu’après qu’une stratégie de gauche a été dessinée, une dynamique impulsée. Il ne faut donc pas changer de cap : la rassemblement à gauche de toute la gauche. »

dimanche 1 avril 2007

Critiques des positions de Nicolas SARKOZY sur la laïcité

D'après République, Religions, Espérances - Nicolas Sarkozy


Derrière un discours d’apparente tolérance envers les diversités culturelles et religieuses des français, les positions de Nicolas Sarkozy révèlent une vision inquiétante de la République laïque. Il nous est en effet proposé un modèle de société ordonnée et régulée en partie par les religions, et  à travers lequel les communautarismes sont exacerbés.
L’enjeu est de taille. Il s’agit de mettre en lumière les convictions profondes de Mr Sarkozy afin d’expliquer clairement aux citoyens les dangers réels auxquels ils sont exposés.


Les certitudes de Mr Sarkozy

            Dès son arrivée au ministère de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy a délibérément pris le parti de « faire des questions religieuses un des aspects important de [son] activité ». Mr Sarkozy se réfère très souvent au besoin d’espérance, de religieux et de spirituel, allant jusqu’à considérer comme une « arrogance » le fait de ne pas croire en une présence divine. Convaincu du rôle apaisant et régulateur des religions au sein d’une société, il favoriserait une autorité sur les âmes.
           
Cette attitude remet profondément en cause les combats acharnés gagnés depuis la Révolution Française, en matière de libéralisation de d’émancipation des consciences. Une telle régression intellectuelle est inacceptable car contraire à la notion de progrès. La remise en cause profonde de la séparation entre le spirituel et le temporel est une oppression morale qui ne dit pas son nom.


Les Eglises et l’ordre

            Nicolas Sarkozy prône l’ingérence de l’Etat dans les affaires religieuses et inversement. L’objectif affiché est l’organisation et l’institutionnalisation des Eglises sous couvert de l’Etat, pour permettre leur reconnaissance et une meilleure considération. Ainsi, les déviances intégristes seraient refreinées, les notions de droits et devoirs du citoyen « éclairées » par la religion.

           
L’ordre public

En matière d’ordre public, les situations mêmes qui font la fierté du ministre de l’Intérieur, illustrent à plusieurs reprises l’inefficacité d’une intervention de l’Eglise dans les affaires de l’Etat.
            Au sujet du problème corse, Nicolas Sarkozy évoque en ces termes Mgr Lacrampe, évêque d’Ajaccio, « il est un artisan précieux pour la concorde dans la communauté nationale ». Il n’est pas sans rappeler l’augmentation de la violence (229 dégradations ou destructions par substance explosive (ou tentatives) contre 168 en 2005[1]) ainsi que le regain de racisme que connait l’île de Beauté depuis quelques années, malgré les vaporeuses déclarations de Mr Raffarin en 2004.
            Dans son livre-profession de 2004 (« La République, les religions, l’espérance »), Nicolas Sarkozy affirmait : « Si j’ai pu conduire la présence ferme de la police dans les banlieues sans provoquer de révolte, à quoi croyez-vous que cela tenait ? ». Il cite la police et la gendarmerie bien sûr, mais insiste fortement sur l’influence déterminante du CFCM, avant d’ajouter « Quand les communautés qui ont le sentiment d’être injustement traitées sont invitées à s’exprimer dans un cadre précis, organisé, légitimé, elles s’apaisent parce qu’elles ont un champ d’expression qui n’est pas illégitime ». A la lumière de la crise des banlieues à l’Automne 2005, on ne peut qu’être perplexe quant à l’ « apaisement » des communautés malmenées.
            Enfin, Nicolas Sarkozy n’hésite pas à qualifier d’ « atout précieux » la prise de position du CFCM, mentionnant même l’UOIF, dans la gestion de la prise d’otages Chesnot et Malbrunot. Non pas qu’une telle association ne dût pas condamner ni exprimer sa solidarité. Simplement, il convient de s’interroger sur la généralisation de ce type d’interventions, notamment lorsque la France sera amenée à s’exprimer sur des thèmes aussi sensibles que le conflit au Moyen-Orient. Il est impératif que sur les sujets de politique internationale, l’Etat ne souffre d’aucune ingérence.

                        L’ordre social

            Un autre aspect de la logique Sarkozy couvre le volet de l’ordre social. En effet, selon ses propres termes « les religions peuvent être le creuset pour la générosité ». En diffusant une morale religieuse au sein de la population, il souhaite faire appel aux élans de charité préconisés dans les religions (celles qu’il nomme lui-même les religions « reconnues », c'est-à-dire le Christianisme, l’Islam et le Judaïsme). Les conséquences à moyen terme de cette stratégie seraient catastrophiques et contraires aux principes Républicains. En particulier, Nicolas Sarkozy veux soulager l’Etat de dépenses liées au social, à la santé, et par extension à tout service public n’étant ni profitable, ni en rapport avec la loi, alors dernier sanctuaire de l’Etat. Il faut en outre être conscient que l’aide à son prochain, du point de vue religieux, est un principe qui s’applique de façon intra-communautaire : un individu aidera en priorité un individu de la communauté à laquelle il appartient. Sauvegarder l’Etat providence concourre donc à prévenir le communautarisme.

                        L’ordre moral

C’est enfin l’ordre moral qui est repensé par Nicolas Sarkozy. Tout en réduisant la morale républicaine à la conformité à la loi, il estime que les Eglises proposent des repères rigoureux et intangibles. Sa volonté se traduit d’une part à travers l’instauration d’une gouvernance des Eglises, et d’autre part via l’introduction du spirituel dans l’éducation des jeunes.
            En appuyant la création du CFCM, Nicolas Sarkozy désirait en quelque sorte donner une légitimité à la communauté musulmane, et atténuer les dérives extrémistes. Force est de constater son échec. C’est aujourd’hui la fédération islamique la plus fondamentaliste et connue pour être la plus active sur le terrain qui est à la tête du CFCM. Notons par exemple que le CFCM ne reconnait pas le droit aux musulmans de changer de religion. L’association s’est radicalisée. Le risque d’un discours et d’un comportement déviants est considérable, d’autant plus que le CFCM est destiné à représenter les musulmans dans leurs relations avec le pouvoir politique. Quant à la communauté musulmane, il y a fort à craindre qu’en termes de « légitimité », elle ait désormais bien plus à perdre qu’à gagner d’une telle représentation.
            La question de l’éducation n’est pas en reste. Elle est certainement la plus problématique. Les positions de Nicolas Sarkozy ne s’arrêtent pas à la construction de mosquées dans les cités, à l’intervention des religions dans les discussions liées à l’organisation du temps scolaire,  à l’instauration de cours d’histoire des religions… Son attaque du bastion de la République va beaucoup plus loin : il loue l’époque où l’ « on recevait une éducation religieuse, même dans les familles où l’on ne croyait pas. Cela permettait d’acquérir des valeurs qui comptaient pour l’équilibre de la société ». Non seulement son appréciation est réactionnaire, mais elle véhicule également l’idée que l’école républicaine devrait enseigner telle ou telle morale, et définir un cadre comportemental afin de rendre les consciences malléable et dociles. Nicolas Sarkozy voudrait cultiver l’espérance et le spirituel dans les jeunes consciences. Or une jeunesse qui espère demain au lieu de bâtir demain, c’est une jeunesse attentiste, c’est une jeunesse qui ne va pas au devant des défis, c’est une jeunesse qui subit.

Au projet de société que présente le PS, basé sur la solidarité, la justice sociale, la responsabilité, l’UMP oppose, des Eglises institutionnalisées, organisées et reconnues par l’Etat, des communautés religieuses qui se substituent aux prérogatives de l’Etat, l’affaiblissement du jugement et du discernement des individus.


Aménagements à loi 1905 et autres suggestions Sarkozistes

Gestion des cultes de type Alsace-Moselle
           
Les subventions à la gestion du culte sont souvent évoquées par Nicolas Sarkozy. On pourra citer l’aide à la formation des hommes de foi, l’attribution d’un statut social aux imams, l’aide aux associations cultuelles… De la loi 1905, il ne souhaite conserver que l’esprit, comme un vague héritage du passé. En contrepartie, il insiste sur le fait que les religions doivent être utiles à la société. Pour un homme qui défend la nécessité de donner un sens à sa vie à travers le divin, sa vision de la religion est pour le moins utilitariste : il troque la République laïque contre la généralisation du régime concordataire, avec obligation de résultat de la part des Eglises.

Inégalités entre croyants et non croyants

Nicolas Sarkozy se dit pour l’ « instauration d’avantages fiscaux plus importants pour les fidèles qui participent au denier du culte, à une redéfinition des travaux de confortement, ou encore à la consolidation juridique du recours aux baux emphytéotiques ». Cette position est scandaleuse. D’une part, la croyance fait partie intégrante de la sphère privée. D’autre part, c’est aller à l’encontre de la liberté de conscience que de mettre en avant un quelconque bénéfice résultant de l’investissement dans l’Eglise : le fait religieux n’est pas un système boursier !

Vers une banalisation des sectes ?

Nul doute que les mouvements sectaires ne pâtiraient pas d’un règne sarkozyste. Et pour cause, Nicolas Sarkozy se prononce pour « encourager la diversité des courants de pensée dans chacune des religions ». Il va plus loin, en affirmant que c’est par l’acceptation de cette diversité que s’opérera le renouvellement des religions. Ces propos sont extrêmement dangereux : ce n’est pas en encourageant la clémence sur ces sujets, que le phénomène s’atténuera, au contraire. L’Etat a le devoir préserver ses valeurs et ses citoyens. En ce sens, les autorités doivent se montrer intransigeantes face à tout ce qui représente une entrave aux libertés fondamentales des individus.

Face à la menace d’involution consécutive au modèle de société pensé par Nicolas Sarkozy, il nous faut plus que jamais porter la laïcité comme une extraordinaire source de progrès sociétal. Nous, socialistes, devons défendre farouchement les valeurs de la République conjointement aux libertés individuelles fondamentales. Notre avenir dépend de notre capacité à tirer tous les citoyens français vers le haut, vers une évolution éclairée et positive des consciences.


[1] Source Internet : Le Figaro, 25 Décembre 2006

jeudi 1 février 2007

La VIème République

D'après La VIème République ou la confusion des esprits, Pascal Clément)


            A droite comme à gauche, nos institutions apparaissent clairement comme la clé de voûte d’un système permettant de concevoir et mettre en œuvre des réformes profondes. Mais c’est bien l’exploitation et le maniement de celles-ci qui diffèrent fondamentalement de part et d’autre de l’échiquier politique.
            Il s’agit ici, à travers l’étude du livre de Pascal Clément, ministre de la justice du gouvernement Villepin, d’exposer l’idée que se fait la droite des institutions idéales, incarnées par la Vème République.


1.     L’Etat

            L’Etat français doit être un état fort, en mesure de garantir à tous ses citoyens les moyens d’un développement social, économique et culturel prospères, tout en assurant les valeurs essentielles que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Il semble cependant, que le rôle de l’Etat selon la droite se limite à assumer les fonctions régaliennes minimales. Clément révèle ces objectifs, lorsqu’il s’exprime en ces termes : « C’est bien là le plus grand péril de notre démocratie que de rechercher en permanence le maternage et la protection d’un état qui peut assumer ses missions, mais qui ne peut assumer celles qui relèvent de la sphère privée ». Il va même plus loin, en fourvoyant les valeurs identitaires du peuple français : « L’Etat peut faire appel à la solidarité, et à l’expérience des français, mais il ne peut s’y substituer, dans le domaine de l’insertion professionnelle comme dans les autres ».

Ces assertions illustrent le trait principal du programme proposé par la droite : la fin de l’Etat-providence par l’avènement d’un système de type Etat-gendarme, ne conservant que les attributions propres à l’Etat.

            La décentralisation
Dans le contexte actuel, le jacobinisme n’a plus sa place. Des organisations souples et adaptées aux spécificités de chaque région sont à mettre en place, afin d’exploiter au mieux leurs compétences propres. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de mettre en place ce vaste chantier.
A la différence de la gauche, qui propose un système de péréquation régulé, la droite affirme sans aucune ambiguïté « on ne peut nier que la décentralisation fasse émerger des différences de traitement ». Avant d’ajouter : « il existe tant de systèmes de péréquation financière que la solidarité entre collectivités locales n’est pas un vain mot ».

La logique est claire : l’Etat se décharge des fonctions les plus coûteuses et les moins rentables sous couvert de décentralisation, la solidarité entre régions est laissée à l’appréciation de chacune d’entre elles, sans directives précises.

            La politique aujourd’hui
            L’idée de Pascal Clément, d’une politique qui consiste à « fixer un cap, celui qui consiste à construire une société plus prospère dans la mondialisation, une société fière de ses valeurs, et prête à aller de l’avant », ne répond pas à l’objectif premier aujourd’hui : réconcilier les français avec la politique. Bien sûr, historiquement, nous sommes un peuple qui avance parce qu’un Homme nous insuffle une ambition, nous porte vers de nobles idéaux.

Mais il n’est de cap sans confiance, sans un vouloir vivre ensemble proclamé. Il est de notre devoir d’hommes et de femmes de gauche, de faire comprendre que la droite ne se donne pas les moyens de son ambition politique.

            De même, nous ne pouvons que combattre avec plus d’ardeur un parti qui affirme que « toutes les difficultés que nous pouvons connaître, la lutte pour l’emploi, la réduction des déficits publics, le maintien de notre compétitivité, la défense du rang de la France dans le monde ont des solutions qui ne se trouvent que dans les valeurs travail, du mérite et de l’effort. C’est la seule voie du succès ». Peut-on évoquer un quelconque succès dès lors que les libertés individuelles et parfois collectives sont mises à mal, que les inégalités se creusent, que le lien social est rompu ? Définitivement non.
            Naturellement, nous socialistes, nous nous accordons avec Clément sur le fait que l’Etat « ne peut se substituer efficacement à l’initiative individuelle qui dépend de chacun d’entre nous ». Mais nous ne souhaitons pas simplement que « L’Etat [puisse] initier, soutenir, protéger » de manière aléatoire.

Nous avons en effet la conviction qu’initier, soutenir et protéger, relèvent du devoir même de l’Etat, quelles que soient les circonstances. Remettre en cause ce devoir, c’est briser le contrat politique qui lie le citoyen et la République.


2.     Le Président de la République

A lire Pascal Clément, le rôle du président de la République version Vème République ne doit être remis en cause à aucun niveau, que ce soit dans ses relations avec les différentes entités (gouvernement, parlement, conseils), comme dans ses attributs (nominations, présidence du CSM, « monarque » seul habilité à arbitrer la vie politique…). Le président de la République devrait alors se contenter de porter les grandes lignes de la politique du pays, en l’occurrence, si Mr Sarkozy est élu, la rupture ainsi définie : « une volonté politique, un élan national permettant de rompre avec la sinistrose par un renouvellement des projets, des pratiques et des hommes ». Noble position, s’il n’était ajouté « Encore faut-il pour cela être capable de mener des réformes, et donc, de revivifier notre démocratie sociale ».
           
Quelles méthodes pour quelles réformes ?
D’une part, par un « président de la République [qui] fixe les grandes lignes, et [un] Premier Ministre [qui] met en musique l’action gouvernementale ». Derrière ces grands principes, se cache l’idée que le président dispose de son Premier Ministre afin de calmer les esprits retissant à la réforme. Le fusible ainsi remplacé, « le Président continue à s’occuper de l’essentiel, et le Premier Ministre du « quotidien », de l’événement ».
D’autre part, par une action politique qui n’est remise en cause par aucune chambre. Certes Clément n’est pas défavorable à ce que le président prenne ses responsabilités devant la représentation nationale, tout en considérant que « cela ne serait compatible avec l’esprit de nos institutions qu’à condition que les groupes parlementaires n’y répondent pas ». Il ajoute : « Le président peut s’exprimer devant le parlement, mais ce n’est pas son rôle de rentrer dans un débat parlementaire, qui est de la compétence du Premier ministre, qui peut engager devant lui sa responsabilité, et qui doit démissionner si le Parlement lui refuse sa confiance ».

De par l’adoption du quinquennat, nous venons d’entrer dans l’ère de type « gouvernement présidentiel ». Et un Président de la République affranchi de toute responsabilité est incompatible avec un « gouvernement présidentiel », avec ou sans Premier Ministre fusible. Il en va du maintien de notre démocratie et de la souveraineté du peuple.

            Ce positionnement est d’autant plus inquiétant que la droite ne compte pas remettre en cause les pouvoirs de nomination du Président, ni sa présidence du CSM. Clément justifie cette présence de la manière suivante : « [elle] donne une légitimité aux magistrats qui ne sont pas élus au suffrage universel et ne sauraient rendre la justice au nom du peuple français s’ils n’étaient pas nommés par celui qui a été désigné par le peuple ». Cet argument ne peut être entendu, dès lors que le bon fonctionnement d’un système politique démocratique est assuré en premier lieu par la séparation des pouvoirs. Enfin, en ce qui concerne le pouvoir de nomination au sein des différents conseils, en particulier le Conseil Constitutionnel, le manque de transparence et le refus d’intégrer des choix de parlementaires est un pas de plus vers un certain autoritarisme du chef de l’Etat.
           
A travers le rôle du chef de l’Etat, c’est toute la stratégie politique de la droite qui se révèle. Il s’agit de verrouiller les possibilités de contrôle de l’action présidentielle, action destinée à réformer envers et contre toute opposition. Pour nous socialistes, ceci est doublement inacceptable, car nous croyons aux réformes par le dialogue, et ne nous résignerons pas à subir des réformes neo-libérales.


3.     L’Assemblée Nationale

Le risque majeur d’une VIème République, souligné par ses détracteurs, est un retour aux impasses politiques de la IVème République. Clément ne manque pas de le souligner : « C’est bien la première leçon de la IVème République que nous devons garder à l’esprit : un mauvais mode de scrutin conjugué à des règles constitutionnelles approximatives conduisent au délitement de l’Etat et au désespoir de tous les Français ». En outre, sans surprises et toujours dans une logique de passage en force des réformes, Clément se prononce contre la proportionnelle, contre le non-cumul des mandats, contre les périodes de cohabitation, contre l’abrogation du 49.3. Il va même plus loin en proposant d’aligner la procédure du recours au 49-3 à celle de dissolution de l’assemblée par le Président de la République.

Revaloriser le rôle du parlement et assurer une meilleure représentativité de la population, sans tomber dans l’immobilisme, est donc le défi que devra relever la réforme institutionnelle des socialistes. Il nous faudra particulièrement veiller à dégager des majorités nettes permettant de mettre en œuvre le programme politique que les français auront choisi, sans pour autant rendre impossible l’alternance et le débat.

Enfin, Clément est également favorable à l’augmentation du nombre de commissions permanentes, ainsi qu’à leur spécialisation en matière de contrôle et d’évaluation.

Le pouvoir de contrôle et d’évaluation des commissions permanentes ne doit pas primer sur le pouvoir législatif du parlement. Clément ne précise pas ce point, préférant certainement rapprocher le curseur du législatif vers celui de l’exécutif, au bénéfice du gouvernement.


4.     Le Sénat

Clément défend un Sénat représentant la diversité des français, au détriment du Parlement. Afin que soient principalement discutés les sujets économiques et sociaux, il propose d’élargir le corps des grands électeurs aux élus des chambres d’agriculture, des métiers, de commerces et d’industrie, aux conseils des prud’hommes, aux comités d’entreprises… A la différence du projet de 1969, auquel il s’avoue globalement favorable, il croit que « le Sénat doit conserver l’ensemble de ses attributions législatives et constitutionnelles ».
            Ces maigres réflexions ne font à aucun moment état des errements incarnés par le Sénat, tels que l’absence d’alternance,  le côté refuge pour fin de carrière politique, le droit de veto alourdissant les procédures, pour ne citer qu’eux. Autant dire que la droite n’est pas prête à remettre en cause cette anomalie dans la démocratie.


5.     La citoyenneté

Clément estime que les jurys citoyens, la démocratie participative, la proportionnelle, sont autant de gages d’instabilité et d’immobilisme. Au lieu de tenter une réconciliation entre les français et la politique, la droite rejette toute modernisation de la démocratie, et tout débat avec les citoyens. Clément va jusqu’à écrire : « En 2007-2008, les oppositions au nouveau président de la République, s’il est issu de l’UMP, seront très fortes, car chacun sait qu’il aura un mandat clair de réforme de l’état. Certains projets seront acceptés, soit par lassitude, soit par consensus. Ceux qui entraîneront des levées de boucliers syndicaux seront encore plus nombreux. Il faut s’y préparer, l’accepter, et prévoir de ne pas céder sur l’essentiel, c'est-à-dire les réformes structurelles, quitte à utiliser l’arme du référendum pour relégitimer le mandat de réforme. Il en ira de la crédibilité de nos institutions ».
De l’aveu même de la droite, il y a donc fort à parier que notre pays se dirige vers une paralysie générale si Mr Sarkozy accède à l’Elysée. A moins que ne soit rapidement votée la loi sur le service minimum, comme le suggère en ces termes le ministre de la justice : « Pour une raison obscure à laquelle il faudra un jour remédier, la liberté du travail a une valeur juridique inférieure au droit de grève dans notre pays ». Une fois de plus, l’opposition sera censurée, afin de faire passer sans négociation les réformes arbitrairement décidées par la droite.

Clément estime nécessaire une réforme du référendum de sorte qu’il traite des « sujets économiques et sociétaux, et non plus des sujets institutionnels ». Il se dit favorable au référendum d’initiative populaire, à condition que la responsabilité de poser la question aux électeurs n’incombe qu’au président de la République. Outre la déviance plébiscitaire (dont étrangement Clément se défend) de ce type de référendum, réformer ainsi le référendum apparaît comme un leurre démocratique. C’est une participation illusoire et passive à la vie démocratique qui est offerte aux citoyens. Au contraire, la révolution démocratique ne peut trouver son essence que dans la participation proactive des citoyens à la vie de leur nation.
De la même manière, ce n’est pas en considérant que le droit de vote est « la marque d’une appartenance à une collectivité nationale » que l’on génère des citoyens. Cette assertion exclut l’implication des résidents étrangers dans le débat démocratique, alors que la Res Publica doit se nourrir de toutes les diversités qui l’animent.

Clément ne manque pas de préciser qu’être citoyen, c’est avoir des droits et des devoirs, voulant même l’inscrire à la constitution. Cependant, être citoyen, c’est non seulement relever de l’autorité de l’Etat, mais aussi, et c’est là où le bas blesse à droite, de la protection de l’Etat.

vendredi 1 décembre 2006

La laïcité aujourd’hui

D’après Laïcité, la croix et la bannière, Alain SIMON, Jean-Michel REYNAUD


Dans la crise sociale et identitaire que traverse la France (exacerbation des communautarismes, panne de l’ascenseur social, violence latente, affaiblissement des libertés individuelles fondamentales sous couvert de « sécurité », etc.), le principe de laïcité doit être replacé dans toute son actualité dans le débat présidentiel. Les positions hasardeuses et inquiétantes de Nicolas SARKOSY, doivent être dénoncées.

1-     La laïcité, principe fondateur de la République

La laïcité, pilier de la République
Le concept de laïcité trouve son origine à travers trois grandes ruptures de l’Histoire de France : Ancien Régime / Révolution, lois Ferry de 1881 et 1882, la loi 1905. La laïcité est alors conçue comme « un des piliers de notre République… le ciment social de vivre ensemble ». « En plaçant l’espace public au-dessus des partis et des clans, elle met l’accent sur ce qui rapproche les citoyens et non sur ce qui les sépare. » (P.14). C’est la liberté de conscience qui prévaut. Ainsi, la laïcité qui impose le respect de toutes les pratiques sans en privilégier aucune, est une garantie d’universalisme de la société républicaine.

La laïcité et la liberté individuelle

L’individu, qui devient « individu-citoyen qui sait qu’il n’y a de savoir-vivre collectif que dans la confrontation librement débattue de convictions individuelles » (P.152), est placé au cœur de l’organisation sociale et des préoccupations sociétales.

Laïcité, émancipation et socialisme

La laïcité suppose également « une aptitude permanente à tirer des leçons de l’histoire les éléments de construction d’un présent acceptable et d’un futur qui conserve sa place au rêve. » (P.152). La laïcité est un « cheminement de la libéralisation des consciences qui a accompagné celui de la libération des hommes » (P.157) : elle est un moyen de « fortifier la République » (P.90).

La laicité et les positions de Ségolène Royal : la laïcité reste l’une des clefs de la « République du respect » que SR appelle de ses vœux. Il s’agit en réalité de rétablir la « République du respect » et de rétablir le respect de la laicité avec la fermeté des premiers temps de la Loi de 1905. « Garder une révolte intacte au cœur », c’est se ménager des espaces de liberté pour l’avenir (des « désirs d’avenir »), se permettre de refuser, de réfuter, de critiquer les dogmes de toutes sortes pour choisir librement son destin.


2-     La laïcité et l’école

Historiquement, le principe de laïcité s’est appliqué à l’école. Les lois Ferry ont joué un véritable rôle de catalyseur dans la conception et l’adoption de la loi 1905. La laïcité garantit la liberté absolue de conscience des individus à condition que soit suscitée dans les esprits, et en particulier dans les jeunes esprits « l’habitude même de la raison et de la vérité » (Jean Jaurès, P.83).

D’autre part, la loi 1905 apporte un éclairage nouveau sur les objectifs de l’éducation. « Le but de l’école républicaine est moins d’adapter les élèves à la société telle qu’elle est, que de les en émanciper pour qu’ils puissent, à terme, la transformer. » (P. 37). En plaçant « l’école laïque au cœur du dispositif républicain » (P. 37), l’émancipation intellectuelle de l’individu devient alors une réalité, ainsi que le développement de « toutes les potentialités de l’enfant, en faisant jouer le plus possible sa raison, son esprit critique, et non pas en lui imposant quelque dogme que ce soit. » (P.32).

Nicolas Sarkozy et la laïcité : Nicolas Sarkozy est ministre des cultes et, bien qu’il se soit proclamé défenseur de la laïcité, ses convictions sur la question sont pour le moins douteuses. Lorsque le ministre des cultes dit « qu’est-ce que quelqu’un qui croit sinon quelqu’un qui espère ? », il défend la religiosité, la spiritualité contre les opinions athées ou matérialistes. Ses revirements sur les questions communautaires (prise en compte de l’origine ethnique dans les statistiques officielles, discrimination positive, etc.) discréditent son discours aux yeux des républicains authentiques.

Enfin, l’école laïque induit une école mixte et neutre et de ce fait, « l’école est un lieu d’intégration et d’égalité » (Catherine Kintzler, P.37). Le débat sur l’école et plus largement l’éducation, doit rester un débat de fond, qui s’attache à incarner les valeurs laïques, et par extension les processus d’intégration et de formation de l’individu-citoyen.

3-     La laïcité et l’Europe

La loi 1905 affiche clairement l’exception française, non seulement en Europe, mais également à travers le monde. A ceux qui prônent l’excellence du modèle libéral américain, rappelons simplement que « la séparation de l’Etat avec la religion n’est pas une réalité aux Etats-Unis », dans le sens où « les Eglises [sont libérées] de toute ingérence étatique pour leur donner pleine liberté d’agir sur la nation » (P.35). En matière de construction européenne, « on est loin, très loin, du modèle français qui reste un modèle isolé et menacé par le processus d’intégration » (P.132).

En continuant à considérer la laïcité comme une composante culturelle française et non comme un principe fondateur de l’Etat, le risque de « pilarité » (P.134) est grand. En d’autres termes, face aux « piliers » religieux, s’opposerait le « pilier » laïc. Il convient de mettre en regard ce risque avec la situation symptomatique de la Belgique et des Pays-Bas, tous deux adeptes de ce système : ces pays voient en effet une montée des extrêmes portée par une communautarisation  forte de leur de leur société. On parle de « pilarisation » de la société, dans le sens où chaque communauté détient une certaine emprise sur l’individu, ce dernier se définissant et existant principalement  à travers celle à laquelle il appartient.

« La laïcité républicaine est(-elle) compatible ou non avec la construction européenne ». « Une Europe laïque ne serait donc ni française, ni allemande, ni sociale-démocrate, ni catholique, mais tout simplement républicaine » (P.148). L’avenir de la laïcité dans une Union dominée par les pays où la religion, et le christianisme en particulier, jouent un rôle important, ne laisse pas d’inquiéter.

4-     Perspectives d’avenir grâce à la laïcité

La cause des femmes
La cause des femmes est capitale pour construire une société laïque. Elles sont les pièces maîtresses du dispositif social car « Celui qui tient la femme, celui-là tient tout. D’abord parce qu’il tient l’enfant, ensuite parce qu’il tient le mari. C’est pour cela que l’Eglise veut retenir la femme et c’est pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève sous peine de mort. » (P.31, Jules Ferry).
           
            La laïcité, condition de la paix civile demain
La laïcité, comme principe au dessus des dogmes,  doit permettre l’accès à tous les citoyens, sans aucune distinction,  aux droits civiques les plus élémentaires (par exemple « divorce… mariage… suicide volontairement assisté », P.166). Les individus citoyens doivent pouvoir jouir de leur « liberté absolue de conscience ». Parallèlement à cela, l’Etat doit être en mesure de proposer une « déontologie laïque », une théorie des devoirs et aussi une pratique claire des comportements », qui mettent en avant la laïcité comme « condition première de l’organisation sociale dans le respect des consciences, de toutes les consciences ». Alors que les communautarismes s’imposent, que le religieux devient un déterminant majeur des relations internationales et par l’immigration, crée des lignes de tension au cœur du territoire et de l’opinion, la laicité apparaît comme une richesse pour la France, une garantie de la paix civile.

5-     Questions en suspens

L’Alsace Moselle est encore sous le régime du concordat. Ce qui signifie outre la subvention de l’Etat aux cultes reconnus que sont ceux de l’Eglise catholique, les Eglises protestantes Ecaal et Eral, et israèlite, l’existence d’un « droit local », l’enseignement obligatoire de la religion, et autres entorses à la loi 1905. On notera en particulier que l’Islam n’est pas une religion « reconnue » dans cette partie de la République. Ainsi, les communautés musulmanes se constituent sous le régime des associations de droit local. Ce régime juridique particulier pose problème, dans le sens où les principes liés à la loi 1905 évoqués plus haut, ne sont pas intégrés au fonctionnement social de l’Alsace Moselle. C’est le commencement de la désintégration, au sens propre comme au sens figuré. Néanmoins, il ne s’agit pas simplement de reconnaître le culte musulman, ou encore de supprimer l’enseignement de la religion dans les établissements scolaires publics. Il faut aller plus loin et que l’Etat applique la loi républicaine, et défende « la frontière dont il a la charge… celle de la libéralisation des consciences » (P.72), notamment dans le domaine de l’éducation.

Dans les DOM-TOM, nous faisons face à une problématique similaire. A Wallis et Futuna, c’est l’église catholique qui est officiellement chargée de l’enseignement. En Guyane, seul le culte catholique est reconnu et financé par le département. Enfin c’est à Mayotte où l’exception se fait la plus flagrante. En effet, le préfet nomme le muphti (principale autorité religieuse) et les cadis (juges) chargés d'appliquer le droit musulman en vigueur pour ce qui concerne le statut personnel. Les principes qui prévalent sont ceux de l'« organisation de la justice indigène », la Charia (loi islamique) y régit donc la vie civile. Il n’est pas acceptable que l'illettrisme en français touche 35% des hommes et 40% des femmes, alors que l’arabe, enseigné dans les écoles coraniques, ne connaît pas de tels chiffres. Les identités doivent s’affirmer, au sein d’une République qui en est la garante. Mais les diversités ne doivent pas prendre le pas sur la République (le droit à la différence ne doit pas devenir la différence des droits). On ne peut pas prétendre à la fois valoriser l’outre mer et délibérément admettre l’inexistence de la loi 1905 et des valeurs qui en découlent, sur ces territoires. Car en refusant l’alignement des DOM-TOM, et en particulier à Mayotte, c’est la négation de l’ensemble du modèle français d’intégration qui est en jeu, modèle d’intégration qui rappelons-le « permet à tous d’accéder à une égalité des droits et des devoirs permettrant à chacun de conserver son particularisme aussi spécifique soit-il dès lors que sont respectées les lois de la République et les règles de la vie sociale » (P.158).


            VI Conclusion

            Prétendre opérer une rupture tranquille, s’apparente vraisemblablement à distiller l’opium du peuple, en particulier là où les problèmes semblent insolvables. Le cœur de notre action se situe donc dans la défense et le renforcement de la loi 1905, à travers laquelle se justifient les idéaux de liberté de l’individu, d’égalité de tous les citoyens, et de fraternité entre les individus-citoyens.

dimanche 2 avril 2006

Le désordre

Le désordre institutionnel

            Avant de faire participer les citoyens à toute action publique, il est impératif de redéfinir les règles de la politique française, et de ne plus leurrer les français sur l’efficacité et la continuité d’un système qui ne sont pas même respectées au niveau des plus hautes instances de l’Etat.
            Nous le voyons actuellement à travers le règlement de la crise déclenchée par le CPE. Qu’il est loin le temps où notre président pouvait encore se délecter d’affirmer, en faisant allusion à un de ses ministres, « je dirige, il exécute ». Aujourd’hui, Jacques Chirac apparaît sans aucun pouvoir, complètement déconnecté de la réalité, tel un pantin récitant des allocutions rédigées par des conseillers, eux-mêmes ignorant où donner de la tête. Le premier ministre, quant à lui, bien que décrédibilisé par ses alliés et admirateurs d’hier, reste perché dans sa tour d’ivoire, sourd aux implorations de la « France d’en bas », comme la qualifiait si délicatement son prédécesseur. Heureusement, appelé à la rescousse, notre super héros national adepte de la « fracture » et des annonces type promotions chez Mr Bricolage (cf le Kärcher) vient nous sauver, défiant toutes les lois de nos institutions. Evidemment, l’heure est trop grave pour que le conseil constitutionnel se penche sur la question « La France gouvernée par un parti unique, l’UMP ». Il faut dire que les « sages » ont déjà bien travaillé sur la question du CPE, et il ne faudrait pas abusé de leur jeune âge, la jeunesse étant déjà bien assez malmenée aujourd’hui. Bref, pour résumer :
Un président « à la rue » mais pas dans la rue
Un premier ministre gonflé de fierté autocratique
Un sauveur multi usage qui fait concurrence à Monsieur Propre
Un parti unique, version démocratie totalitaire (?)

Le désordre politique

            Quelle crédibilité peuvent désormais avoir les politiques ? Nous voilà revenus en Gaulle, où nos ancêtres, divisés en une multitude de petites ethnies chacune ressemblant au village des fous d’Astérix, étaient incapables de se mettre d’accord sur un chef et une organisation qui leur auraient permis d’évoluer sans nécessairement faire appel à l’envahisseur.

            S’inclus dans ce désordre politique le fouillis inter et intra partis.
            Bien souvent lors des campagnes, on ne sait plus qui est à gauche, qui est à droite, qui est au centre, qui est extrémiste. De même, on ne distingue que querelles et mouvances au sein des partis. Ce manque de clarté, ajouté à l’absence d’amélioration de la vie quotidienne des Français, induit un désintéressement grandissant dans la société, à tel point que les citoyens disparaissent pour se transformer en consommateur. L’idée du pouvoir directionnel de la politique soumis au dictat de l’économie se répand donc. Il n’y a plus de réflexion, mais un laisser aller et laisser faire grandissants. Et il devient beaucoup plus simple et sensé d’être convaincu du « je consomme donc je suis » que du « je pense donc je suis ».
            La scène politique française est un bain de mousse dans un verre d’eau, où les bulles des différents partis explosent en se mélangeant et s’entrechoquant.

Idées pour une nouvelle Politique

Le politique de demain est à construire, les bases, à reconstruire.
            Tout d’abord, il falloir fédérer la nation autour d’objectifs communs. Ces objectifs doivent être fixés à différents niveaux, du dimensionnel (la ville, la région, le pays) au sectoriel (l’éducation, le social, la santé, la recherche, l’agriculture, l’industrie, le service…). Parallèlement à cela, il faudra mettre en place des plans d’évaluation et des indicateurs de mesure de la performance ; ce qui impose une parfaite transparence des politiques. Les Français doivent être guidés grâce à ces nouveaux repères à court, moyen et long terme, dans chacun des domaines qui les touche, directement ou indirectement. En regardant de l’avant de cette manière, le climat de confiance, qui est une des bases fondamentales pour avancer, ne peut que renaître. De la confiance, naît la motivation, de la motivation naît le résultat, du résultat naît l’ambition.
            C’est dans cette direction que les hommes et femmes politiques doivent aller. En plus d’être les médiateurs du vivre ensemble, en particulier pour les élus locaux, ils ont pour mission principale d’impulser ces mouvements, ces élans. Historiquement d’ailleurs, la France a toujours connu ses grandes heures sous l’égide de grands hommes (au passage, pourquoi pas aujourd’hui passer à l’ère des « Grandes Femmes »). Ne cherchons pas plus loin le succès de J-M Le Pen : il propose lui, une idée de la France dans un cadre bien précis. Dans un registre beaucoup plus vicieux et démagogique, Sarko fait de même.

            Quant à la démocratie participative, elle passe à mon sens avant tout par l’éducation et la formation. Quand je vois que des élèves de terminale ont arrêté les cours d’ECJS (Education Civique Juridique et Sociale) pour terminer le programme d’Histoire Géo, et qu’ils « trouvent ça mieux car l’ECJS, on n’en a pas besoin pour le bac », je me dis que la mesure prise pour introduire une conscience citoyenne chez les lycéens n’a été ni évaluée, ni appuyée comme il l’aurait fallu. Les professeurs n’ont certainement pas été assez formés et aidés sur ce point là.
            Eduquer les ados pour qu’ils deviennent des adultes citoyens avant d’être des adultes consommateurs ne suffit pas, il faut également éduquer les parents, ou encore former l’adulte à la parentalité. Les parents sont les premiers repères de l’enfant, les premiers à inculquer des valeurs. Bien souvent aujourd’hui, l’adulte parent n’a pas les capacités pour faire de son enfant un être humain avant d’en faire une machine à consommer ou à voter par SMS pour le dernier candidat de la Star Ac chaque semaine.
            Enfin, cette éducation doit se faire de manière verticale. Les personnes ayant des responsabilités doivent aussi avoir accès à un certain code de conduite, en particulier en politique. A mon avis, c’est la faillite de la famille « politique » qui est à l’origine de l’humeur noire des français, et non l’inverse. A travers les politiques d’urgence mises en ouvre depuis 93, c’est l’incapacité de la politique à nous projeter dans l’avenir qui s’est révélée. Comme si l’avenir n’existait pas, comme s’il n’y avait plus d’Histoire. C’est pour cette raison que nous sommes tous passés à côté des transformations du monde, et que nous n’avons tiré aucun bénéfice positif de la chance offerte par la mondialisation, aujourd’hui adulée ou haïe.

            Oui, nous voulons être acteurs des choix. Mais encore faut-il nous en donner les moyens. Au risque de passer pour élitiste, je considère que peu de français sont aptes à voter en leur âme et conscience. Le présupposé de la démocratie est l’égalité ? Soit. Dans ce cas, prenons le problème à la racine et pensons d’abord à être égaux devant l’éducation au lieu de l’endoctrinement, devant l’accès à l’information au lieu du contrôle des esprits, devant l’optimisme personnel (que j’ai du mal à percevoir) au lieu de l’optimisme collectif, devant l’intégration (il FAUT prononcer ce mot, car il y a énormément à faire de ce côté-là) au lieu de la communautarisation. Enfin, la France est un pays individualiste. Nous sommes obligés de composer avec ce sentiment qui fait partie de l’inconscient collectif. Je prône un individualisme responsable. Je ne veux pas de l’infantilisation de la société façon Sarkozy, qui est en somme un populisme décadent, d’où aucun progrès durable ne peut naître.
           
            Une politique adulte et clairvoyante ne peut se construire sans une société éduquée, responsabilisée et motivée. Mais pour cela, il serait temps que la politique française sorte de l’adolescence, en faisant preuve de plus de tolérance, d’écoute et de réflexion. C’est le concept de l’ « individu qui s’engage » qui est à revoir et à cadrer.